BESOINS ET UTILITÉ

1) Lacunes dans l’éducation sexuelle
C’est d’abord sur la base d’une étude d’ampleur nationale menée par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP, 2018) et parue en 2018 portant sur la santé sexuelle des jeunes suisses·ses que s’ancre le projet pilote LE SHIP. Celle-ci fait d’une part état de lacunes en matière d’éducation sexuelle chez les
jeunes interrogé·e·s. En effet, elle met en lumière les données relevées parmi l’important échantillon des répondant·e·s qui témoignent d’un certain nombre de manques, plus spécifiquement à propos de thématiques telles que les stéréotypes sexuels et l’auto-satisfaction, mais aussi des émotions, du plaisir et des droits sexuels.


2) Contraintes institutionnelles
A l’interne, du côté des éducateurs·ices en santé sexuelle elles·eux mêmes, des manques et moyens à disposition pour l’offre institutionnelle formelle d’éducation sexuelle à l’école obligatoire sont aussi déclarés. Cela apparait en effet dans le Cadre de référence pour l’éducation en Suisse romande, qui évoque la nécessité d’approches et mesures complémentaires pour prétendre répondre aux objectifs holistiques, besoins et questionnements des jeunes en matière d’éducation sexuelle.  Cet état de fait est clairement énoncé dans le Cadre de référence pour l’éducation sexuelle en Suisse Romande (p. 12-13)

 
 

3) Intérêts d’une approche par les pairs
Par ailleurs, l’enquête de l’IUMSP met en lumière le fait que de la référence principale et largement majoritaire pour les jeunes de 14 à 16 ans dès lorsqu’il s’agit d’aborder les questions d’éducation sexuelle sont leurs ami·e·s. C’est l’école qui, pour un résultat quantitativement moindre, apparaît en seconde position pour les apprentissages relatifs à la santé sexuelle. Or, malgré les forces avérées que présente l’approche communautaire et participative de promotion de la santé par les pairs également encouragée et soutenue par les instances internationales et nationales (OMS, 2013, IPPF, 2010, Santé Sexuelle Suisse, 2017), les seuls programmes de promotion de la santé sexuelle par les pair·e·s existant en Suisse ne concernent que les niveaux du post-obligatoire.


4) Etat de la recherche usage nouvelles technologies par les jeunes en Suisse
Cette offre a le désavantage de ne survenir que tard dans le processus de développement psycho-sexuel des jeunes qui sont aujourd’hui exposé·e·s de plus en plus jeunes à des contenus à caractère sexuel de par leur utilisation toujours plus précoce des nouvelles technologies et outils numériques. Les enquêtes JAMES (2016)  et MIKE (2019) portant sur la culture et les habitudes numériques des jeunes suisses·ses, ainsi que l'étude de l'IUMSP (2018) en attestent : internet, les réseaux sociaux et les applications sont indissociables des réalités adolescentes. Ces derniers exercent une influence majeure sur leurs sexualités, principalement au travers des expériences sexuelles virtuelles, de l'accès à la pornographie (plus d'un tiers des 12-13 ans en ont déjà visionné) et du sexting.


5) Avantages contexte institution scolaire
Outre le fait qu'ils ne surviennent que tardivement relativement aux éléments évoqués ci-dessus, les programmes par les pairs du post-obligatoire ont également la caractéristique de ne pas systématiquement toucher l'ensemble de la population, le recours aux programmes existants se faisant au bon vouloir des établissements. Au contraire, le contexte de l'institution scolaire le permet puisque tous les individus passent nécessairement par là. Par ailleurs, les programmes du post-obligatoire s'inscrivent dans une approche dite "externe", avec des jeunes pairs formé·e·s qui interviennent ponctuellement et ne partagent ainsi pas directement la réalité et les besoins des bénéficiaires auxquel·le·s ils et elles s'adressent. Ces dernier·e·s s'éloignent ainsi du statut de semblables favorisant les possibilités d'identification et d'apprentissages visées dans le cadre d'une approche par les pairs.
Enfin, la présence dans le contexte scolaire permet les collaborations et synergies avec professionnel·le·s et parents, tout en constituant une cellule d'entraide présente en continu au sein-même de l'école.


6) Approche intégrée et participative
Une récente étude (Charmillot & Jacot-Descombes, 2018) questionnant la place des droits sexuels dans l'éducation sexuelle en Suisse révèle que les droits à l'autodétermination et à la participation impliquant co-construction et co-décision des jeunes sont laissés pour compte dans les programmes officiels.
Ainsi, c'est pour proposer une piste de réponse à ces besoins que le projet LE SHIP, dans ses dimensions participative, intégrée (ou contextuelle, et en ce sens adaptée aux besoins spécifiques d'une population et de son environnement), communautaire, interdisciplinaire et continue, a été pensé (OMS, 2013, p. 29).